Les clichés à bannir de votre monde fantastique

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Des elfes partout. Des Empires à chaque coin de rue. Des espèces complètement homogènes. L’hyper-espace à tout va. Des lasers, des boucliers, des chevaliers et des artefacts anciens et magiques. Le fantastique regorge de clichés dans lesquels on a tendance à se plonger, parfois pour se rassurer, et souvent par fainéantise. Il existe pourtant des moyens de les contourner !

Avant toute chose, je tiens à dire que cet article est une traduction très libre et enrichie d’un article paru initialement sur io9 : 7 Worldbuilding Tropes Science Fiction and Fantasy needs to Stop using.

Voilà. Les choses sont dites. Partons à la découverte des clichés à bannir de vos mondes fantastiques ! Les exemples suggérés proviennent souvent du cinéma ou de la télévision mais la littérature n’est pas épargnée ;).

1 : Le Maléfique Empire de la Maléfique Méchanceté

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Il est beaucoup trop facile de créer un empire. Quand on écrit, utiliser un Empire comme « méchant » est un choix simple. Presque trop. De plus, les exemples d’empires maléfiques sont légions. On pense tout d’abord à Star Wars, bien sûr. La société vouée à disparaître et qui incarne en partie le rôle de Némésis dans la saga Fondation d’Isaac Asimov est un Empire. Dans l’univers de Star Trek, la Fédération des Planètes Unies se retrouve souvent aux prises avec l’Empire Klingon. Je continue ?

Il est temps d’arrêter d’utiliser le système impérial pour justifier le côté maléfique des ennemis des protagonistes.

Comment y remédier : Donner de la profondeur aux différentes nations, éviter de tomber dans quelque chose de trop manichéen et admettre qu’une République puisse également être un nom de pays méchant.

2 : Une fausse Europe médiévale

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Source : DeviantArt

Plutôt prisée par nos amis d’outre-Atlantique, cette technique consiste à créer un monde médiéval basé sur l’Europe et à y saupoudrer des éléments de fantastique pour donner le change. On y retrouve en général une civilisation d’inspiration anglaise, un autre plutôt française et une germanique. On y ajoute un peuple générique celte, méditerranéen et scandinave, et hop !

Tolkien est l’un des pionniers du genre. En effet, en grattant un peu la Terre du Milieu, on remarque que la Comté est très largement inspirée par l’Angleterre tandis que le Rohan est clairement d’inspiration germanique. Je dois vraiment vous parler du Gondor, le vieux pays sans roi inspiré de la France ? Attention tout de même. C’est devenu un cliché à éviter à cause des nombreux auteurs qui s’inspirent trop fortement de l’excellent travail du père du Seigneur des Anneaux.

Le monde de George RR Martin dans l’univers du Trône de Fer peut faire au début penser à l’Europe du Moyen-Âge. Mais si les Sept Couronnes de Westeros passent au début pour une autre version fantasmée de l’Angleterre, on découvre finalement un monde bien plus riche et varié notamment lorsque l’on quitte Westeros pour le reste du monde.

Comment y remédier : Se baser des civilisations existantes est un réflexe parfaitement logique. On a tendance à écrire sur ce que l’on connaît. Mais l’idéal est de mélanger les genres. Pourquoi ne pas créer une civlisation inspirée des Nordiques mais en la plaçant sur des côtés désertiques sous un soleil de plomb ? (genre des vikings blonds mais bronzés sous le soleil tropical)

3 : Ajouter des apostrophes pour le côté exotique

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Ajouter une foule d’apostrophes dans les noms propres des personnages est un jeu dangereux. Cela peut avoir un sens.

L’article d’origine explique judicieusement que la série Stargate SG-1 l’a fait à la fois bien et très mal. Aux débuts de la série, les prénoms des Jaffas se terminaient par une apostrophe et une consonne pour faire passer un nom de famille ou un titre honorifique : Teal’c, Rya’c, Brata’c. Mais les scénaristes se sont emballés. Après les noms comme Goa’uld sont arrivés les Tok’ra, Zat’nik’tel et autres Tau’ri.

Comment y remédier : Ajouter de l’exotisme c’est très bien. Attention de ne pas en abuser et de le faire pour une raison particulière avec une certaine cohérence. C’est valable pour toute vos fantaisies orthographiques.

4 : Le Monde à usage unique

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Il s’agit, là encore, d’un trait qui caractérise la science-fiction en général. On trouve souvent une planète qui n’a qu’un seul climat et qu’une seule fonction : le monde-ville, le monde désert, le monde forêt, le monde glacé, le monde-prison…

Cela manque clairement de logique et cela dénote un manque de créativité flagrant.

Exception : Dune n’est pas un simple monde à usage unique. Malgré son paysage désertique, cette planète est bien plus riche que son apparence superficielle.

Comment y remédier : Vous voulez un monde de glace ? Très bien. Réfléchissez à la raison pour laquelle votre monde à une atmosphère respirable et est couvert de glace en intégralité. Sinon l’autre solution est de créer des mondes aux environnements variés. (comme, je ne sais pas moi, la Terre ?)

5 : Les Noms Communs Qui Prennent Des Majuscules

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Un exemple vaut mieux qu’un long discours. Si je vous parle d’un monde de fantasy où l’Elu doit rencontrer le Gardien qui va le guider jusqu’à l’Ancien. De là, il va rencontrer le Conseil des Sages qui lui remettra le Pouvoir pour détruire l’Obscurité en haut de la Tour du Néant.

Vous me suivez ?

Comment y remédier : Le fait d’utiliser un nom commun pour désigner quelque chose d’important peut avoir beaucoup d’impact. On peut citer la Force ou l’Anneau. Mais attention à utiliser cet effet avec parcimonie au risque de se retrouver avec un texte que l’on croirait sorti de la plume d’un allemand qui ne maîtrise pas les règles de majuscules/minuscules en français.

6 : Les races homogènes

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Source : DeviantArt

Dans la SF et la Fantasy, il y a souvent une ou deux races travaillées dont les traits physiques sont variés et les cultures diverses. Les humains en font général partie. Mais on peut vite tomber dans les races homogènes où chaque membre ressemble à son voisin, pense de la même façon et arbore les mêmes vêtements. On va piocher chez Tolkien pour le mauvais exemple avec des races cantonnées dans un seul rôle : les Hobbits sont des gens simples qui cultivent la terre, les Nains sont avide et creusent la terre et les Elfes sont beaux, hautains et cultivés. Et, comme souvent, la race humaine est l’exception : l’espèce jeune pleine de potentielle. Attention, Tolkien a imposé ce stéréotype qui a été beaucoup trop repris par la suite (coucou Stargate) et qu’il faut manier avec la plus grande prudence.

Comment y remédier : le côté homogène peut effectivement exister en apparence, à l’image d’un stéréotype. Il est vital de donner la variété à vos espèces. Pensez vos espèces comme des nationalités ou des civilsations. Est-ce que tous les français sont identiques ? Est-ce que les romains se ressemblaient tous ? Est-ce qu’un américain du Texas est exactement le même qu’un de ses compatriotes de New-York ?

On rejoint un peu le problème de l’empire cité au début de l’article. Ce n’est pas parce qu’un gouvernement veut conquérir le monde, la galaxie ou l’univers entier que tous ses citoyens sont méchants ou vivent dans la peur. Il faut de la variété ! Si vos humains peuvent être divers et variés dans leurs attitudes et cultures, pourquoi pas les autres espèces ?

7 : La civilisation antérieure

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C’est un sujet très sensible. Il est impératif de se calmer avec la civilisation très avancée qui vivait il y a très longtemps dans votre monde. En général, cette civilisation :

  • A laissé des artefacts derrière elle
  • A laissé une prophétie annonçant son retour
  • N’est jamais partie et attend dans les entrailles de la terre de faire son retour pour faire genre on va vivre en paix mais en fait on va exterminer tout le monde

C’est un poil trop facile. Je ne dis pas que ça ne peut pas apporter quelque chose d’intéressant mais c’est vu et revu dans la pop culture.

Dans le monde de The Elder Scrolls, on a les Dwemers qui ont mystérieusement disparus en laissant tout un tas de cité.

Dans Stargate, on a les Anciens qui ont mystérieusement disparus en laissant tout un tas d’artefacts technologiques. Assassin’s Creed aussi a sa race ancienne et très avancée qui a disparu suite à un cataclysme. (Ne cherchez pas, je ne parlerai pas de Prometheus)

Pour revenir à la littérature (où ce cliché n’est pas forcément surexploité), je peux vous renvoyer aux bons exemples de La Nuit de Temps de René Barjavel, les Anciens de l’univers des Aventuriers de la Mer de Robin Hobb ou encore à l’oeuvre de Lovecraft avec Les Grands Anciens !

Comment y remédier : personne ne vous empêche d’avoir dans votre univers une (ou plusieurs) civilisation antérieure aujourd’hui disparue. Nous en avons aussi sur Terre. L’Egypte Ancienne, les civilisations pré-colombiennes d’Amérique du Sud ou encore dans une moindre mesure les Etrusques, représentent de bons exemples. Notez que ces civilisations n’ont pas, à proprement parlé, disparu. Elles ont évolué. Vous voulez utiliser ce effet scénaristique dans votre histoire ? Très bien. Tâchez de vous détacher de ce que vous connaissez déjà. Posez vous les bonnes questions :

  • Pourquoi cette civilisation n’est plus ? Elle peut s’être auto-détruite (par la guerre par exemple), avoir quitté votre planète (ou même juste le continent selon le genre de votre histoire) ou s’être finalement éteinte ou distiller dans d’autres peuples.
  • Quel a été son impact sur votre monde ? Un rôle majeur qui a posé les fondations de votre univers, un héritage culturel ou technologique ou peut-être juste quelques éléments de langage ?
  • Va-t-elle refaire surface ? Est-ce que ses membres attendent quelque part un signe de leurs successeurs ou préparent-ils le retour fracassant ? Ménagez votre suspense ! (et oubliez les prophéties hein, c’est  vraiment trop facile).

8 : Variez votre géographie !

Quand on écrit de la fantasy, on ne peut pas s’empêcher d’être influencé par les classiques du genre : Le Seigneur des Anneaux, L’Assassin Royal, Le Trône de Fer, Le Monde de Narnia, Eragon

C’est tout à fait normal. MAIS, prenez garde à ne pas créer un monde homogène en piochant trop dans le travail de vos prédécesseurs. C’est normal. Mais cela ne veut pas dire que c’est bien. Pour illustrer ce point, je vous invite à consulter la carte du monde de Clichéa :

Bienvenue à Clichéa

Bienvenue à Clichéa

La carte du monde de Clichéa reprend les éléments trop classique de la géographie des mondes Fantasy en se basant sur des canons établis par les grands auteurs.

Comment y remédier : Gardez en tête quelques éléments simples.

  • Votre monde doit être peuple et vivant.
  • Votre monde doit avoir une taille crédible : n’oubliez pas qu’une planète c’est grand (mais vous vivez sur Terre, vous le savez)
  • Votre monde doit compter des villes : c’est un point que je reproche, légèrement, à Tolkien. La Terre du Milieu ne compte que très peu de villes alors que c’est un continent à peu près aussi grand que l’Europe.
  • Votre monde doit être réaliste : réaliste ne signifie pas réel. Vous écrivez du fantastique, très bien. Ce n’est pas parce que votre monde comporte des gnomes mages qu’il n’est pas soumis à la gravité ou encore aux saisons (pour le Trône de Fer, il y a une explication scientifique. J’avais lu un article à ce sujet mais je ne parviens pas à remettre la main dessus. Il y avait une histoire avec plusieurs étoiles). Pensez à définir la frontière entre la magie et la physique !

N’oubliez pas qu’un élément original ne devient un cliché qu’après avoir été trop utilisé alors soyez originaux dans votre approche, contournez les clichés, retournez-les et surtout, innovez !

Voilà ! Cette liste ne concerne que les clichés de la construction des mondes fantastiques. Si vous en voyez d’autres ou que vous n’êtes pas d’accord, commentez !

5 réflexions au sujet de « Les clichés à bannir de votre monde fantastique »

  1. Rasppudding

    Merci pour cet article plus qu’intéressant, je pense que Clichéa va devenir un de mes lieux favoris pour le JDR. Ces histoires de clichés me rappellent qu’ils peuvent aussi être appliqués aux personnages : le Chevalier Blanc Bon Et Blond Qui Ne Craint Aucun Mal ou le Seigneur Noir Du Mal Absolu…
    On peut citer Arthur Aile-de-Faucon de la saga la Roue du Temps qui est connu pour être le héros qui a unifié le monde et apporté la paix aux petites gens mais qui haïssait tellement le Pouvoir Unique (magie) qu’il ordonna d’en exterminer tous les utilisateurs (bons ou mauvais). Ou le grand méchant qui fait la guerre pour sauver son peuple de personnes ordinaires (et pas de monstres assoiffés de sang). Nuançons, inspirons-nous mais ne tombons pas dans la facilité (et la médiocrité) du cliché !

  2. Très intéressant comme article. Quand je repense aux œuvres citées plus haut, il est vrai qu’elles recèlent beaucoup de clichés auxquels on n’a pas forcément fait attention (surtout lors de la première lecture). Je garde ça sous le coude, ça servira de piqûre de rappel^^

  3. Rémi

    Tout ces clichés sont vrais et tout ces conseils sont très bon, sauf un (à mon avis) : Clichéa et toutes les cartes du genre n’ont certe aucun sens physique, mais permettent de rassembler énormément de types de civilisation et surtout de paysage en une petite surface. Imaginez un monde « réel » avec du médiéval fantastique (sans véhicule volant ou à moteur), comment créer une histoire ou les personnages (ou les joueurs) voyagent d’un désert à une jungle sans qu’ils passent des mois à voyager ? Un monde à proportions réelles ralentirait donc l’action et imposerait des préparations énormes pour les voyages, alors il vaut mieux selon moi tricher un peu. 🙂

    P.S.: pourquoi Eragon a été rayé ? ^^ Le film est archi-nul j’en conviens, mais la trilogie de l’héritage est juste génial !

  4. Veryan Anduren

    Article très intéressant. Une simple remarque : Si, dans Star Wars et consort, les planètes sont à usage unique, c’est parce que leur univers les traitent comme les univers plus médiévaux traite des pays, voir des régions Les héros ne parcourent pas la totalité de la planète : ils se posent, font leurs affaires sur 10 kilomètre, puis repartent, vers une autre planète différente, où il resteront deux chapitres, etc.
    Quand on explore quatre planètes en un livre, on a pas le temps, l’envie ou l’intérêt de créer quinze environnement différents pour chacune (vu qu’on en verra un, voir deux grand maximum.

    Sinon, avec quel logiciel a été fait la carte de Clichéa ? Je cherche depuis un moment un bon logiciel pour créer des cartes ^^

  5. Super article, je l’ai trouvé vraiment intéressant ! J’ai tendance moi aussi à buter sur certains clichés de littérature mais j’avoue que tu en as listé certains auxquels je n’avais jamais prêté attention. Le tout premier est quand même à mon sens le pire que l’on puisse trouver, je trouve que ça appauvrit le récit. Pour les autres, et comme toujours, ils ne sont négatifs que si l’auteur les utilisent mal. On prête souvent aux clichés une connotation négative alors que comme tu le dis, un cliché peut rassurer certains, ils peuvent même être recherchés. Je pense notamment à un exemple très personnel: dans la littérature fantasy on peut souvent trouver des héroïnes toujours hyper badass et hyper sensuelles/canon/attirantes… Quand j’étais plus jeune je cherchais ces personnages auxquels j’aurais voulu ressembler parce qu’ils atteignaient la perfection dont je rêvais. Maintenant que je ne suis plus adolescente, je fuis ces protagonistes qui sonnent faux. Désormais je préfère retrouver une femme comme Brienne de GoT dans mes lectures. Pourtant à une époque ce cliché n’était pas négatif pour moi! Je pense donc que les clichés dépendent beaucoup de l’analyse de chaque lecteur.
    En tout cas, ton article m’a donné matière à réfléchir, il est vraiment bien 🙂
    Victoire

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